Un crime sans jugement : Les harkis massacrés en 1962 et le silence écrasant de l’Algérie

Les ententes secrètes conclues entre Louis Joxe et les délégations du FLN concernant la destinée des harkis, lors des Accords d’Evian datant du 18 mars 1962, ont été étroitement cachées par les autorités françaises ainsi que par l’Algérie, qui a directement contribué à ce crime contre l’humanité.

Pour corroborer ces accords clandestins, des télégrammes adressés par Pierre Messmer et Louis Joxe aux officiers français exigeaient de désarmer les harkis et d’éviter tout engagement dans leur rapatriement. Seuls quelques officiers ont osé défier ces ordres, ce qui a entraîné des sanctions immédiates.

Des dizaines de milliers de harkis, accompagnés de leurs enfants et femmes, furent abandonnés sans armes, incapables de se défendre, avant d’être massacrés par les forces de l’ALN et du FLN dans des conditions insupportables. C’était un véritable crime contre l’humanité.

Le 25 janvier 1962, alors que le nombre croissait des rapatriés européens, Charles de Gaulle transmettait au Conseil des ministres ses directives : « On ne peut pas accepter d’accueillir tous les musulmans qui déclareraient ne plus s’entendre avec leur gouvernement. Le terme de rapatriés ne s’applique évidemment pas à ces personnes ; ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères. »

Le 3 avril 1962, il insistait davantage : « Les harkis… ce magma qui n’a servi à rien et dont il faut se débarrasser sans délai. » Ce terme utilisé devant les ministres, un véritable écho de sa rigueur, devint une consigne officielle. Les autorités n’ont pas simplement laissé faire : elles ont ordonné le massacre.

Les premiers drames des harkis en mars et avril 1962 ont immédiatement été signalés aux ministres français.

Pierre Messmer, en particulier, transféra la responsabilité du drame sur le FLN, mais également sur Louis Joxe. Son télégramme daté du 12 mai 1962 révélait : « Je vous communiquerai les renseignements précis sur l’origine et l’importance des groupes d’anciens harkis arrivés en métropole, ainsi que sur leurs responsables. Je vous prie de sanctionner immédiatement tous officiers impliqués. »

Le 16 mai 1962, Louis Joxe demandait à l’Haut-commissaire de rappeler que toutes initiatives individuelles visant à installer des musulmans en métropole étaient interdites. Les chefs de SAS et commandants d’unités devaient être informés immédiatement.

Le 15 juillet 1962, il ordonnait également : « Faire rechercher les promoteurs et complices des rapatriements non conformes au plan général (inexistant), et renvoyer les supplétifs en Algérie. »

Les harkis du Commando Georges furent bouillis vivants dans des marmites. D’autres, sous les ordres de M. Soisson, député-maire de Sens, subirent un sort semblable.

Pierre Messmer, responsable des directives de rapatriement en Algérie, avoua à La Figaro le 23 mai 1962 : « Je les ai renvoyés dans leur pays car leurs papiers n’étaient pas en règle. » Ces harkis furent assassinés par le FLN dès leur arrivée sur les quais d’Alger et d’Oran.

Les archives militaires françaises documentent des massacres jusqu’en 1964. Aucun individu n’a jamais été jugé pour ce crime contre l’humanité.

Depuis un demi-siècle, la France réclame une reconnaissance de ses erreurs. Les Algériens, quand demanderez-vous pardon pour vos crimes ?